Le PSG sacré champion d’Europe : Rêver plus vrai
À Munich, c’est au terme d’une prestation immaculée, juste de bout en bout, de sa préparation à sa finalité, que Paris a achevé sa quête. De Javier Pastore, première recrue XXL de l’ère QSI, à Senny Mayulu, improbable ultime buteur de cette finale, il y a un chemin sinueux, escarpé, des fausses routes, des bifurcations ratées.
Il y eut Zlatan, Cavani, Di Maria, Neymar, Messi, Mbappé, Thiago Silva, Thiago Motta, Marco Verratti, Mauro Icardi ou David Luiz. Il y eut Carlo Ancelotti, Laurent Blanc, Unai Emery, Thomas Tuchel, Mauricio Pochettino et Christophe Galtier. Il y eut Leonardo, Patrick Kluivert (!), Antero Henrique. En l’espace de quatorze ans, Paris a vécu mille vies, mille projets et une seule obsession : cette coupe aux grandes oreilles.

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Une justice réconfortante
Mais on ne s’improvise pas champion d’Europe. La Ligue des champions a beau être réservée à une élite financière, elle ne s’achète pas. Comme Chelsea, comme City, il aura fallu des déceptions en chaîne pour que le Qatar et Nasser Al-Khelaifi finisse par voir l’évidence : à nier le football, à surjouer les stars versus le collectif, on se brûle les ailes. C’est la version la plus minimaliste et sans doute la plus inattendue des Blues qui avait remporté le Graal en 2012, sous l’impulsion d’un briscard revanchard, Didier Drogba. C’est la version la plus aboutie, la plus méticuleuse, la plus soigneusement construite de City qui avait été sacrée à Istanbul en 2023.
Il y a donc une forme de justice, presque réconfortante, à voir ce PSG vainqueur l’année où son onze était composé de gamins prometteurs mais franchement méconnus en début de saison. L’année où le meilleur buteur de son histoire venait de quitter le club après, pensait-on, l’avoir porté à bout de bras pendant toutes ces années. L’année où la seule incarnation de ce club était un Espagnol bourru et têtu dont la vision convaincue de l’avenir a fini par se transformer en prophétie auto-réalisatrice.

Luis Enrique
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Il faut se souvenir d’où vient le PSG depuis 2011. Il faut aussi se rappeler où il était début 2025, alors au bord du précipice face à une pâle version du City de Guardiola. C’est là, dans son antre où Paris a pu compter sur les supporters les plus brûlants de cette édition de la Ligue des champions, que le destin de cette équipe a basculé. C’est là que, d’un dribble éclair, Barcola a envoyé Dembélé vers son chemin doré. C’est là que cette équipe a compris qu’elle avait les armes, le talent, le physique et surtout l’envie de viser haut.
Fin de la quête, pas du chemin
Les clins d’œil sont nombreux mais savoureux : ils ont vengé la Farmers League en sortant, un à un, les représentants de la puissante Premier League, déboulonnée dans ses certitudes et envoutée par les talents de gamins que leurs scouts, cette fois-ci, n’ont pas pu chiper. Ils ont pu compter sur un gardien qui a fini par leur sauver les miches plutôt que de leur coûter des qualifs. Ils ont insisté avec un attaquant qu’on disait maladroit et qui est devenu tueur au sang-froid. Ils ont démoli la si solide Inter au terme d’un récital collectif sublimé par la grâce d’un Golden Boy de 19 ans.
Paris a terminé sa quête mais il est loin d’être au bout du chemin. Parce que ce succès, aussi libérateur soit-il, donne envie d’en voir plus. Parce que cette équipe a une bonne gueule de dynastie en puissance. Et parce que le football proposé match après match a de quoi réconcilier avec ce sport.
La morale de l’histoire est peut-être là : la couronne a quitté la tête du Real Madrid à l’heure où l’empilement des stars est devenu trop flagrant. Elle a rejoint celle du PSG à l’heure où il n’y en avait aucune en son sein. Cette fois, Paris incarne le football dans sa vision la plus noble. Cette fois, Paris a cessé d’être à contre-courant. Dieu que c’est violent, Dieu que c’est vivant. Paris voulait rêver plus grand, il suffisait de rêver plus vrai.

“Dembélé n’a pas fait le match d’un joueur qui veut absolument le Ballon d’Or”
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